
L’AUTRE 8 MAI 1945 – Aux origines de la guerre d’Algérie
Revue de presse :
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L'AUTRE 8 MAI 1945
Jeudi 8 mai, fête de la Victoire. Les Alliés ont vaincu les nazis ce jour-là en 1945. En Algérie, de l’autre côté du bassin méditerranéen si cher à Sarkozy, qui demandait avec énergie en février 2005 que soit inclus dans les programmes scolaires "le rôle positif de la présence française en Afrique du Nord", c’est jour de deuil.
Alors que l’ONU balbutiante venait de proclamer le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes". Dans le Constantinois, des citadins rejoignirent nombreux Ferhat Abbas, pharmacien à Sétif, sous la bannière : "L’arabe est ma langue, l’Algérie mon pays, l’islam ma religion". Dans les campagnes, Messali Hadj, avec son Parti du peuple algérien, interdit depuis 1939, était le plus populaire. Mais à Paris, de Gaukke, à la tête du gouvernement provisoire, lançait : "Il ne faut pas que l’Afrique du Nord nous glisse entre les doigts pendant que nous libérons l’Europe".
A Sétif, le 8 mai 1945. La ville est pavoisée. Le PPA a inventé un drapeau qui servira de modèle pour celui de l’Algérie future. Les militants le mêlent à ceux des Alliés et à des écriteaux : "Libérez Messali Hadj !" Les autorités françaises voient rouge. A un carrefour, une voiture de la brigade mobile de la police judiciaire fonce. Quatre hommes armés en surgissent. Ils arrachent les drapeaux, tirent, abattent un jeune porte-étendard devant le Café de France. La fusillade éclate. Les manifestants s’enflamment et frappent tous les Français qu’ils voient : au hasard, le maire de Sétif, un juge de paix, le receveur des postes de Périgotville et son fils de 11 ans. C’est l’embrasement : 21 Européens sont massacrés. A 13 heures, la police et la gendarmerie ont repris le contrôle de la ville. Les émeutiers se sont enfuis dans le djebel, emportant morts et blessés : c’est le récit de la répression qui va suivre que nous raconte avec minutie Yasmina Adi, elle-même issue de parents nés dans le Constantinois, dans un documentaire minutieux (sur France 2 à 0h), étayé par de nombreux témoins et des archives des services secrets anglais et américains, la France ayant toujours manifesté quelques réticences sur ce sujet. L’Etat annonçait à l’époque 102 morts européens, dont certains sauvagement mutilés, et 1 500 Algériens tués. Officiellement, l’Algérie parle aujourd’hui de 45 000. Les spécialistes, eux, restent divisés : entre 15 000 et 30 000.
C’est le gouverneur Chataigneau qui décrète l’état de siège. Il donne pleins pouvoirs au général Henri Martin, patron de l’armée en Afrique du Nord pour "rétablir l’ordre d’urgence". La France coloniale ne lésine pas : 40 000 soldats. Les villages "rebelles" sont bombardés. La marine de guerre pilonne les côtes. Tire au jugé sur ceux qu’ils nommaient "ratons", "pinsons" ou "merles", arrestations massives. Certains demeurèrent 17 ans en prison jusqu’à l’indépendance de 1962, et pas un mot alors dans la presse française : on ignorait tout. Le premier journaliste à venir sur place "déterrer cette affaire que les Français essayaient de cacher" fut un Américain, Landrum Bolling. Un officier de renseignement anglais, écœuré, lui livre ses archives. Il n’a qu’à recopier.
Après le 11 mai, alors que l’émeute a depuis longtemps cessé, la répression se poursuit. A Guelma, le sous-préfet livre des camions bourrés de prisonniers à une mitrailleuse de 24, en position au milieu d’une route. Dans les gorges de Kerrata on en jette par grappes du haut des ponts, attachés par des barbelés.
Il faudra attendre le 18 pour que les journaux français réalisent enfin, provoquant la venue du ministre de l’Intérieur Adrien Tixier. A Guelma, on brûle les corps des exécutés dans des fours à chaux pour éliminer les preuves. Les massacres sont amnistiés au nom de la raison d’Etat. Nos alliés, en cette pré-guerre froide, ne font aucun raffut : il ne faut pas gêner la France. Et la général Duval, grand organisateur sur place des tueries, écrit à son supérieur Martin : "Je vous ai donné la paix pour dix ans. Si la France ne fait rien, tout recommencera en pire." Gagné. A quelques mois près.
B.Th.
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Le Canard enchainé – 7 mai 2008
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Une implacable mécanique répressive
L’Autre 8 mai 1945. Aux origines de la guerre d’Algérie confronte les récits de témoins français et algériens aux archives du gouvernement français et des services secrets américains et britanniques.
Peu à peu, les recherches et les revendications de vérité sur le passé colonial soulèvent la chape de plomb qui s’est abattue sur les événements de mai 1945 dans le Constantinois. Le documentaire de Yasmina Adi, l’Autre 8 mai 1945. Aux origines de la guerre d’Algérie, diffusé demain soir sur France 2, apporte une remarquable contribution à ce mouvement.
La réalisatrice a sillonné le Constantinois pendant six mois et recueilli les témoignages, d’une saisissante précision, de manifestants, de militants nationalistes ou de simples villageois sur lesquels s’est abattue une épouvantable répression à Sétif, mais aussi à Guelma, où sévirent les milices civiles du sinistre sous-préfet Achiary. À ces témoignages des Algériens ayant vécu les événements répondent, fait inédit, ceux de Français d’Algérie qui relatent le climat de peur que les autorités coloniales surent instaurer, avec l’aide d’une presse prompte à relayer l’image « d’émeutiers barbares », pour justifier le recours à une violence impitoyable. Autre regard, passionnant, celui du premier reporter ayant enquêté, à chaud, sur les événements, l’Américain Landrum Bolling, alors correspondant de l’agence ONA, à New York.
Les faits rapportés sont méthodiquement confrontés, recoupés avec les archives du gouvernement français déclassées en 2005, mais surtout avec celles des services secrets anglais et américains, qui projettent sur ces événements, longtemps tenus sous silence, un éclairage nouveau.
Du coup de feu qui abattit le porteur du jeune drapeau algérien, lors de la manifestation destinée à célébrer la victoire alliée, à la « séance de soumission » à laquelle furent contraints d’assister 15 000 Algériens, hommes, femmes et enfants, sur la plage de Melbou, au terme d’une marche harassante, le film retrace les étapes de l’embrasement et dissèque le fonctionnement de la machine répressive que le pouvoir colonial mit en place le 8 mai 1945. « Cette plongée au coeur de la logique du système colonial permet de distinguer une répression militaire dans la région de Sétif et une répression menée par des civils dans la région de Guelma », expose la réalisatrice. Une mécanique répressive que l’historien Pascal Blanchard explique par « la volonté de mater un mouvement dont on craint qu’il enflamme toute l’Algérie », « pivot » du système colonial français et possible « caisse de résonance » pour le reste de l’empire. D’où, suggère le documentaire, la mobilisation de troupes coloniales, tabors marocains et tirailleurs sénégalais, une stratégie récurrente dans l’histoire de la répression coloniale.
L’originalité de ce film tient aussi à la façon dont il inscrit les événements dans un contexte international singulier. Au lendemain immédiat de la victoire alliée, alors que s’esquissent seulement les enjeux qui donneront naissance à la guerre froide, la question coloniale, pas encore stratégique, est rejetée à l’arrière-plan. La jeune ONU, pourtant, proclame le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, un principe qui attisera l’aspiration des peuples colonisés, acteurs, eux aussi, de la victoire sur le nazisme, à se libérer du joug colonial.
Comme en témoignent les images de la liesse populaire que souleva, dix-sept ans plus tard, la proclamation de l’indépendance algérienne, c’est bien le prologue d’une guerre de libération longue et douloureuse qui se joua, ce mois de mai 1945, à Sétif et Guelma.
Rosa Moussaoui
L'Humanité – 7 mai 2008
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ZAPPETISSANT
SELECTION PROGRAMMES PAR SOPHIE BOURDAIS
L’autre 8 mai 1945
On vous avait parlé de l’euphorie post-victoire en métropole ?
France 2 vous raconte la répression coloniale en Algérie. Un autre point de vue, plus noir, sur une même histoire.
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Télérama n°3042 – Semaine du 3 au 9 mai 2008-05-01
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France 2 0.05 Documentaire
L’Autre 8 mai 1945
Aux origines de la guerre d’Algérie
T – Documentaire de Yasmina Adi (France 2008), 52 mn. Inédit
8 mai 1945. Tandis que la métropole fête dans la liesse la victoire alliée sur l’Allemagne nazie, en Algérie se met en branle une féroce répression contre la population. Goumiers, spahis, tirailleurs et tabors enrôlés en Indochine, au Congo, à Madagascar ou en Afrique du Nord… Les Indigènes ont constitué un quart des troupes françaises engagées dans la Libération de l’Hexagone. Forts du tribut versé, de la « fraternité d’armes » les Algériens, privés de droits sociaux, juridiques et politiques, veulent croire à la reconnaissance de la France. Partisans de Messali Hadj, de Ferhat Abbas se déploient dans les rues d’Alger et de Sétif pour réclamer une équité de statuts, la libération des militants nationalistes emprisonnés… Et, comble de l’insupportable pour le grand colonat et les autorités politiques, certains manifestants, minoritaire encore, vont jusqu’à brandir un drapeau algérien. Il faut éviter la contamination. La police, l’armée et des milices privées composées d’Européens ultras vont s’employer à rétablir l’ordre colonial. Transfert des pouvoirs politiques aux militaires, ratonnades, disparitions, bombardements des villages, humiliations collectives, hameaux brûlés… neuf ans avant la Toussaint 54 se joue la répétition de la guerre d’Algérie.
Mêlant archives françaises, anglaises, américains, témoignages des protagonistes français et algériens, et récit du premier reporter arrivé sur place, le film permet avec clarté de restaurer une autre mémoire du 8 Mai 1945.
Marie Cailletet
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Télérama n°3042 – Semaine du 3 au 9 mai 2008-05-01
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L’Autre 8 mai 45
0,05> France 2. Documentaire de Yasmina Adi
(2007, F, 50 mn)
Dans la mémoire collective, le 8 mai 1945 est associé à des images de liesse populaire dans les rues de Paris. Il en est d’autres qu’on ne retrouve dans aucun manuel scolaire : le même jour, en Algérie, une manifestation d’indépendantistes à Sétif tourne à l’insurrection violente. La révolte gagne les villes voisines. La répression qui s’en suivra sera d’une brutalité extrême, faisant des milliers de morts chez les Algériens. En croisant les récits de témoins algériens et français, la réalisatrice Yasmina Adi montre comment l’armée française s’est livrée à un nettoyage en règle pour mater un mouvement qui aurait pu s’étendre à toute l’Algérie. Ponctué par l’analyse de l’historien Pascal Blanchard, le film présente cette déchirure irréparable entre les deux communautés comme le germe de la guerre d’Algérie, qui débuta neuf ans plus tard.
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